Elon Musk a annoncé fin janvier 2026 l’arrêt définitif de la production des Model S et Model X pour la fin du deuxième trimestre 2026. Ces deux modèles emblématiques, qui ont propulsé Tesla au rang de constructeur automobile crédible, laissent place à une nouvelle ambition : la production massive du robot humanoïde Optimus. Une décision radicale qui symbolise le pivot stratégique du constructeur américain vers la robotique et l’intelligence artificielle.
L’agonie programmée d’une gamme historique
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, Tesla n’a livré que 50 850 unités dans la catégorie « autres modèles », qui inclut les Model S, Model X, Cybertruck et Tesla Semi. Si l’on isole les Model S et X, les estimations tournent autour de 30 000 unités annuelles, alors que l’usine de Fremont dispose d’une capacité de production de 100 000 véhicules par an pour ces modèles.
Cette érosion des ventes s’est accélérée de manière spectaculaire :
- Les livraisons combinées ont chuté de plus de 30% entre 2023 et 2024
- Le quatrième trimestre 2025 affiche seulement 11 642 unités dans la catégorie « autres modèles »
- Les Model 3 et Y représentent désormais 97% des livraisons de Tesla
Tesla a d’ailleurs cessé de communiquer séparément les chiffres de vente des Model S et X depuis 2023, signe révélateur d’une performance commerciale devenue embarrassante. Maintenir une ligne de production sous-utilisée à 70% ne se justifiait plus économiquement, surtout face à la montée en puissance de concurrents comme la Lucid Air et le Rivian R1S.
Une mise à jour juin 2025 qui ressemblait à un adieu
Sept mois seulement avant l’annonce de l’arrêt, Tesla présentait une refresh de ses Model S et X qualifiée de minimaliste par les observateurs. Au programme : une nouvelle couleur de peinture, une caméra de pare-chocs avant, une légère amélioration d’autonomie et des éclairages d’ambiance que les Model 3 et Y possédaient déjà.
Le plus surprenant ? Une augmentation de prix de 5 000 dollars, portant la Model S à 84 990 dollars et la Model X à 89 990 dollars. Pour des plateformes vieilles de plus de dix ans, sans architecture 48 volts, sans direction steer-by-wire, et sans innovations majeures, cette hausse tarifaire semblait déconnectée du marché.
Avec le recul, cette mise à jour minimaliste apparaît comme une tournée d’adieu déguisée. Tesla n’avait manifestement plus l’intention d’investir dans le développement de ces modèles, préférant concentrer ses ressources ailleurs.
Optimus remplace les berlines premium
La justification officielle d’Elon Musk tient en un mot : « autonomie ». Mais cette explication devient plus claire lorsqu’il révèle ce qui remplacera la ligne de production à Fremont : l’usine sera entièrement reconvertie pour fabriquer le robot humanoïde Optimus, avec un objectif de un million d’unités par an.
Cette décision illustre la nouvelle vision de Musk pour Tesla, qui se positionne désormais comme une entreprise d’intelligence artificielle et de robotique plutôt que comme un simple constructeur automobile. L’espace libéré à Fremont permettra de tester cette ambition à grande échelle, dans un contexte où Tesla a enregistré sa première baisse de revenus annuels en 2025.
Le pari est audacieux : délaisser des modèles automobiles certes vieillissants mais rentables au profit d’un produit robotique dont le marché reste à créer. Les actionnaires et les observateurs de l’industrie s’interrogent sur la viabilité commerciale d’Optimus à court terme.
L’héritage indélébile des pionnières
La Model S, lancée en 2012, a transformé la perception des véhicules électriques. Avant elle, Tesla n’était qu’une startup produisant un roadster basé sur une Lotus en quantités confidentielles. La Model S a démontré qu’une berline électrique pouvait rivaliser avec les meilleures allemandes en termes de performances, d’autonomie et de technologie embarquée.
La Model X, arrivée en 2015 avec ses portes falcon-wing distinctives, est devenue l’un des premiers SUV entièrement électriques du marché. Ensemble, ces deux véhicules ont établi la crédibilité de Tesla et financé le développement des Model 3 et Y, destinées au grand public.
Leur influence technique perdure : écran tactile central géant, mises à jour logicielles over-the-air, réseau de Superchargeurs propriétaire, performances électriques de référence. Ces innovations, banalisées aujourd’hui, étaient révolutionnaires il y a une décennie et ont forcé l’ensemble de l’industrie à accélérer sa transition électrique.
Que deviennent les propriétaires actuels ?
Tesla s’engage à maintenir le support technique et la disponibilité des pièces détachées pour une durée non précisée, généralement estimée à dix ans minimum pour ce type de véhicule. Les mises à jour logicielles continueront également d’être déployées, permettant aux propriétaires de bénéficier des améliorations du pilote automatique et des fonctionnalités connectées.
Sur le marché de l’occasion, la raréfaction progressive pourrait paradoxalement stabiliser, voire augmenter, la valeur résiduelle de certaines versions. Les Model S Plaid et Model X Plaid, avec leurs performances exceptionnelles, conservent un attrait pour les collectionneurs et les passionnés de véhicules électriques historiques.
Les acheteurs potentiels qui visaient ces modèles devront se rabattre sur les Model 3 et Y pour rester dans l’écosystème Tesla, ou se tourner vers les alternatives premium comme la Porsche Taycan, la Mercedes EQS ou la Lucid Air, qui offrent désormais des prestations équivalentes, voire supérieures, sur certains aspects.
Un virage stratégique qui interroge
L’arrêt des Model S et Model X symbolise la mutation profonde de Tesla, qui délaisse progressivement son identité de constructeur automobile premium pour devenir une entreprise technologique axée sur l’IA et la robotique. Cette transition soulève des questions légitimes sur la capacité du groupe à réussir simultanément dans des secteurs aussi différents que l’automobile de masse, les robots humanoïdes et les systèmes de conduite autonome.
Pour les passionnés d’automobile, cette annonce marque la fin d’une époque dorée où Tesla incarnait la révolution électrique face aux géants traditionnels. Les Model S et Model X resteront dans l’histoire comme les pionnières qui ont ouvert la voie, même si leur créateur a déjà les yeux tournés vers d’autres horizons. Reste à savoir si le pari Optimus justifiera le sacrifice de ces icônes automobiles.


