Le moteur diesel a longtemps souffert d’une mauvaise image : bruyant, polluant, peu raffiné. Fiat a révolutionné cette perception en introduisant la technologie Multijet, une innovation qui a transformé les motorisations diesel en véritables références d’efficience et de douceur. Cette technologie d’injection à rampe commune (ou common rail) représente un saut qualitatif majeur par rapport aux anciens moteurs diesel, positionnant le constructeur italien comme pionnier dans ce domaine dès 1997.
Du JTD au Multijet : une évolution technique décisive
Les fondamentaux de la technologie JTD
L’acronyme JTD signifie Jet Turbo Diesel et désigne la première génération de moteurs diesel à rampe commune développés par Fiat en collaboration avec Bosch. Ces moteurs, appelés également Unijet, ne réalisaient qu’une injection pilote suivie d’une injection principale par cycle de combustion. Cette approche, bien que novatrice pour l’époque, limitait l’optimisation de la combustion et générait davantage de bruit qu’un système à injections multiples.
Le saut technologique du Multijet
Le passage au Multijet marque une rupture fondamentale : on passe d’une injection unique à cinq injections par cycle (voire jusqu’à huit sur les Multijet II). Le temps entre deux injections successives a été réduit à seulement 150 microsecondes, tandis que la quantité de carburant injectée est passée de deux millimètres cubes à moins d’un millimètre cube. Ce fractionnement de l’injection permet une combustion plus complète et progressive, réduisant ainsi le bruit caractéristique des diesels tout en améliorant les performances et la consommation.
Comment fonctionne réellement le Multijet
Le système repose sur une rampe commune haute pression qui alimente l’ensemble des injecteurs avec une pression pouvant atteindre 1 600 bars sur les premières générations, et jusqu’à 2 000 bars sur les Multijet II. Cette pression constante permet d’injecter le carburant de manière extrêmement précise et rapide. Chaque cycle de combustion se décompose en plusieurs phases : une injection pilote prépare la chambre, plusieurs injections principales assurent la combustion optimale, et une injection finale réduit les émissions de particules.
Cette stratégie d’injection multiple procure des avantages tangibles : réduction du bruit diesel jusqu’à 3 décibels, diminution des émissions polluantes de 20 à 30%, et amélioration du couple disponible dès les bas régimes. La souplesse de fonctionnement rivalise désormais avec celle des moteurs essence, rendant le diesel Multijet particulièrement agréable en usage quotidien.
Les différentes générations et leurs évolutions
| Génération | Pression d’injection | Nombre d’injections | Normes antipollution |
|---|---|---|---|
| JTD (Unijet) | 1 350 bars | 2 | Euro 3 |
| Multijet I | 1 600 bars | 5 | Euro 4 |
| Multijet II | 2 000 bars | 8 | Euro 5/6 |
La deuxième génération du Multijet, introduite en 2008, apporte des améliorations notables en termes de réponse moteur et de respect des normes environnementales. Les injecteurs piézoélectriques remplacent progressivement les injecteurs électromagnétiques, permettant des temps de réaction encore plus courts. Cette évolution s’accompagne également d’une meilleure intégration avec les systèmes de dépollution comme le filtre à particules et la recirculation des gaz d’échappement.
Les motorisations Multijet emblématiques
Le célèbre 1.3 Multijet
Le 1.3 Multijet figure parmi les moteurs diesel les plus diffusés au monde, équipant des dizaines de modèles Fiat, Alfa Romeo, Lancia, Opel et même Suzuki. Disponible en plusieurs puissances (de 75 à 95 chevaux selon les versions), il séduit par sa sobriété exceptionnelle avec des consommations moyennes inférieures à 4 litres aux 100 km. Sa compacité en fait un choix privilégié pour les citadines et compactes, où il offre un excellent compromis entre performances et économies.
Les blocs 1.6 et 2.0 Multijet
Les versions 1.6 Multijet (de 90 à 120 chevaux) et 2.0 Multijet (de 140 à 180 chevaux) équipent les modèles plus imposants de la gamme Fiat et du groupe Stellantis. Ces motorisations privilégient le couple généreux et les reprises franches, particulièrement appréciées sur les véhicules utilitaires comme le Ducato ou les SUV familiaux. Le 2.0 Multijet constitue également la base des versions professionnelles, déclinées en plusieurs puissances selon les besoins de charge.
Entretien et points de vigilance
L’importance de l’huile moteur
Les moteurs Multijet exigent une huile spécifique répondant aux normes constructeur, généralement une 5W30 ou 5W40 de norme ACEA C2 ou C3. La viscosité et les additifs de ces huiles sont adaptés aux contraintes des injecteurs haute pression et du turbocompresseur. Un intervalle de vidange strict doit être respecté : 15 000 km maximum pour une utilisation standard, mais idéalement tous les 10 000 km pour préserver la longévité du moteur. Si vous réalisez vous-même votre entretien, consultez notre guide pratique pour faire sa vidange d’huile moteur.
Les faiblesses connues à surveiller
Comme tout moteur diesel moderne, le Multijet présente quelques points sensibles. Les injecteurs peuvent s’encrasser avec le temps, particulièrement si le véhicule effectue principalement de courts trajets urbains. Des additifs nettoyants périodiques dans le carburant contribuent à prévenir ce phénomène. La vanne EGR (recirculation des gaz d’échappement) constitue un autre point de vigilance : son encrassement provoque des pertes de puissance et une consommation accrue. Un décalaminage préventif tous les 60 000 km prolonge significativement la durée de vie de ces composants.
Le filtre à particules nécessite également une attention particulière. Les trajets autoroutiers réguliers favorisent sa régénération naturelle, tandis qu’une utilisation exclusivement urbaine peut entraîner son colmatage prématuré. Sur certains modèles équipés du 1.3 Multijet, notamment la Fiat 500, des problèmes de turbocompresseur ont été signalés sur les versions antérieures à 2010.
Multijet face à la concurrence
Face aux moteurs diesel français PSA (BlueHDi), allemands (TDI de Volkswagen) ou japonais (D-4D de Toyota), le Multijet se distingue par son excellent rapport consommation/performances. Les moteurs de petite cylindrée comme le 1.3 surpassent souvent leurs concurrents en termes de sobriété, tandis que les blocs 2.0 offrent un agrément de conduite comparable aux références allemandes, à un coût d’acquisition généralement inférieur. La technologie Multijet a d’ailleurs inspiré de nombreux constructeurs dans le développement de leurs propres systèmes common rail à injections multiples.
Quel usage pour quel Multijet
Pour une utilisation urbaine intensive, le 1.3 Multijet 75 ou 85 chevaux représente le choix rationnel : consommation maîtrisée, couple suffisant dès 1 500 tr/min, et fiabilité éprouvée. Les conducteurs mixtes privilégieront les versions 1.6 Multijet qui offrent davantage de puissance pour les dépassements autoroutiers tout en conservant une sobriété appréciable. Enfin, pour le transport de charges ou le tractage, les 2.0 Multijet s’imposent avec leur couple élevé disponible sur une large plage de régime.
Attention cependant : un moteur diesel Multijet s’épanouit véritablement sur des trajets permettant d’atteindre régulièrement sa température optimale de fonctionnement. Des parcours quotidiens inférieurs à 15 km risquent de compromettre sa longévité en empêchant la régénération du filtre à particules et en favorisant l’accumulation de suie dans le circuit d’admission.
Le Multijet a indéniablement écrit une page importante de l’histoire automobile, démocratisant le diesel moderne et prouvant qu’efficience et agrément pouvaient coexister. Bien entretenu et utilisé dans des conditions adaptées, ce type de motorisation offre une fiabilité satisfaisante et des coûts d’exploitation maîtrisés. Pour maximiser sa durée de vie, privilégiez un entretien rigoureux avec des pièces de qualité, que vous pouvez trouver facilement sur des plateformes spécialisées comme Motointegrator.


