Que représentent 30 centimes de plus par litre pour quelqu’un qui fait le plein plusieurs fois par mois ? À l’échelle d’un plein, la somme paraît anodine. Sur une année, elle pèse nettement plus.
Le Baromètre des mobilités du quotidien 2026, réalisé par Ipsos bva pour Wimoov, a posé la question aux automobilistes. Parmi les répondants possédant un véhicule thermique et pas de voiture électrique, 54% déclarent qu’ils réduiraient au moins un peu l’usage de leur véhicule si le carburant augmentait de 30 centimes par litre.
Ce chiffre est une intention déclarée face à un scénario hypothétique. Il ne mesure pas une baisse de circulation déjà observée. Le terrain de l’enquête (13 400 personnes, du 3 au 20 février 2026) précède la hausse des prix liée aux frappes sur l’Iran. À l’époque, le sans plomb 95 tournait autour de 1,70 € le litre, ce qui fait de +0,30 € une hausse d’environ 18%.

Ce que révèle le baromètre
Une hausse de 30 centimes, un effet déclaré par plus d’un conducteur concerné sur deux
Sur le scénario à +30 centimes, 54% des répondants concernés disent qu’ils réduiraient leur usage. Sur le scénario à +1 €, ils sont 65%.
Les deux scénarios n’ont pas été posés aux mêmes personnes. Chacun a été soumis à une moitié distincte de l’échantillon. La différence entre 54% et 65% compare donc deux groupes, pas les réponses d’un même conducteur à deux prix.
L’écart de 11 points est modeste au regard de l’écart de prix, puisque la hausse est 3,3 fois plus forte. Un premier seuil de sensibilité semble atteint dès 30 centimes.
Réduire sa voiture ne signifie pas l’abandonner
L’indicateur de 54% regroupe trois réponses :
- ceux qui diminueraient « un peu » leur usage ;
- ceux qui le diminueraient « beaucoup » ;
- ceux qui ne l’utiliseraient plus du tout pour leurs déplacements quotidiens.
Le raccourci « 54% arrêteraient de conduire » est donc faux. La réponse dominante est une réduction partielle, pas un renoncement à la voiture.
Combien coûte la hausse chaque mois ?
| Consommation mensuelle | Surcoût par mois (+0,30 €/l) | Surcoût sur 12 mois |
|---|---|---|
| 40 litres | 12 € | 144 € |
| 80 litres | 24 € | 288 € |
| 120 litres | 36 € | 432 € |
Ces montants supposent un volume inchangé. Ils ne préjugent pas d’une éventuelle réduction des trajets. Si le conducteur roule moins, le surcoût réel sera plus faible.
Pour situer l’ordre de grandeur, l’étude estime les dépenses de mobilité du quotidien à 225 € par mois en moyenne pour l’ensemble des répondants. Elles montent à 254 € pour ceux qui se déplacent principalement en voiture, hors frais d’achat du véhicule.
Ces montants ne sont pas des budgets de carburant. Il ne faut donc pas y ajouter automatiquement les 24 € de la simulation. Celle-ci illustre seulement l’effet d’une hausse de prix à consommation constante.
Pourquoi certains ménages changeraient plus vite leurs trajets
Un budget déjà contraint
Dans le scénario à +30 centimes, 61% des répondants disposant de moins de 800 € mensuels par unité de consommation déclarent qu’ils réduiraient l’usage de leur véhicule. Chez ceux qui disposent de 2 300 € ou plus, la part est de 48%.
Ces catégories de niveau de vie sont celles de l’enquête. Le revenu disponible net du foyer est divisé par le nombre d’unités de consommation (1 pour le premier adulte, 0,5 par personne supplémentaire de 14 ans ou plus, 0,3 par enfant de moins de 14 ans).
Le poids de la mobilité dans le budget explique en partie cet écart. L’étude l’estime à environ 26% du budget pour un niveau de vie moyen de 700 €, contre environ 10% pour 2 500 €.
Une voiture parfois indispensable
La voiture est le mode principal déclaré par 72% des Français interrogés, et par 87% des habitants ruraux. Par ailleurs, 47% des répondants estiment ne pas avoir le choix entre plusieurs modes de transport pour leurs déplacements quotidiens.
La tension est là : il faut réduire l’usage d’un véhicule dont on dépend.
Des arbitrages qui dépassent l’automobile
Pour ne pas attribuer tous les renoncements au seul carburant, un autre chiffre aide. 48% des répondants disent éviter parfois ou souvent un déplacement pour faire des économies.
Cette question est générale. Elle ne porte pas sur le scénario précis d’une hausse à la pompe, et les deux résultats ne doivent pas être fusionnés.
Quels trajets et quels coûts peuvent être ajustés ?
Cette partie relève de l’analyse pratique. Le baromètre ne constate pas ces comportements.
Ce qui est ajustable
- Regrouper plusieurs courses en un seul trajet.
- Partager certains trajets réguliers, par exemple en covoiturage.
- Comparer une alternative disponible quand elle existe (transports en commun, vélo, marche).
- Supprimer un déplacement facultatif.
Ce qui l’est difficilement
- Le trajet domicile-travail.
- Les rendez-vous de soins.
- L’accompagnement des enfants.
Une baisse des kilomètres ne fait pas non plus disparaître les frais fixes. L’assurance, le crédit ou le leasing et une partie de l’entretien restent dus, quel que soit le kilométrage.
Le vrai seuil de sensibilité n’est pas seulement le prix affiché à la pompe. C’est la marge de manœuvre qui reste dans le budget et dans l’organisation quotidienne.
Note de rédaction : les données datent du baromètre 2026. Les hausses de +30 centimes et de +1 € sont des hypothèses posées aux répondants, pas des hausses de prix effectivement survenues.


